La pluie et le beau temps

Alors, il paraît que les gens ici sont méchants. Peut être que le temps gris y est pour quelquechose, ajouté aux formes plutôt angulaires et aux orbites creusées des slaves. La semaine dernière était semblable à un film des années 80, dans un pays soviétique, quand le héros se fait poursuivre par des agents aux mauvaises intentions, la pluie sur les immeubles gris, sales et criblés de balles, ajoutant sa tristesse au tableau.
On a du prendre des bus vides à 6h du matin et traverser des paysages de collines, peuplées seulement de bases militaires désaffectées, qui ont sûrement permis de créer des décors de jeux vidéos.
On a pris des petits déjeuners dans des bistrots sombres, discuté avec des agents du gouvernement dans des bureaux enfumés, accompagné de cafés douteux. On a regardé sagement la pluie couler le long des toits de la gare routière, sur les câbles électriques qui pendaient aux murs. Puis dans le bus, on a vu un colosse qui ressemblait dent pour dent au méchant dans James Bond (le requin). Ses yeux fixés sur nous d’un air louche. On y a vu aussi Charles Aznavour, mais il avait l’air bien triste.
Un autre jour s’est vu consacré à célébrer la patate , mais sous la même grisaille, sans beaucoup d’enthousiasme de la part des patatophiles rencontrés. On a essayé de se rapprocher d’un envoyé de l’institut officiel de l’agriculture afin de grappiller quelques renseignements. Mais les réponses se font rares, ils sont coriaces, pas facile de leur tirer les vers du nez.
Pendant toute cette semaine grise, le professeur venu de France pour nous épauler a eu la chance de se faire une idée plutôt négative de notre environnement de travail. Au moins on pourra attiser la compassion des responsables du projet en France !
Heureusement notre instinct de survie nous a mené ce week end dans un paradis touristique, où on a pu reprendre nos marques. Marcher au milieu d’une foule habillée par Dior, manger des glaces, succomber aux charmes des magasins de bibelots pour touristes en manque d’occupation. Dubrovnik, petite côte d’azur croate n’en a plus pour longtemps avant d’être débordée !
Et on a repris le travail cette semaine. Mais sous le soleil donc avec enthousiasme et optimisme ! Les Bosniens ont pu se remettre à couper leur bûches pour l’hiver, et on a pu suer dans notre bus !