Proverbons
Un simple petit proverbe peut donner naissance à un interminable débat sur son sens et sur les mots utilisés. Un jour, j’ai lancé naïvement : les anglais mangent pour vivre alors que les français vivent pour manger. C’était la porte ouverte pour des échanges bruyants sur le sens de la vie car si on ne mange pas, on est mort, oui mais il faut être vivant pour manger, on peut vivre sans manger, on ne peut pas manger sans vivre, ….. Je suis partie manger, j’avais faim.
Un autre jour, quelqu’un dit qu’il fait chaud, et qu’il transpire comme un poisson enceinte. Fameuse expression anglaise, incompréhensible. Mais ils ont essayé de la comprendre. Pourquoi un poisson ? et enceinte de surcroit ? un poisson peut-il transpirer ? non car il est déjà dans l’eau. Si oui, comment transpire un poisson ? Mais un poisson ne peut pas avoir chaud. Un poisson enceinte transpire t-il plus qu’un poisson normal ? Un poisson peut-il être enceinte ? Sent-on le poisson quand on transpire, est-ce une attaque contre les femmes enceintes ? Un débat sans fin mais houleux et passionné.
Lisant un article d’un blog sur le net, cherchant désespérément des infos sur le bilan politique du président actuel au Ghana, je souris en réalisant que la première et véhémente attaque de l’auteur contre son président repose sur une erreur qu’il aurait faite en citant un proverbe chinois. Le président lors d’un discours quelconque lors d’une énième inauguration (car ils aiment particulièrement inaugurer ici, et on sait que trop d’inauguration tue l’inauguration –proverbe intemporel-) déclare : ‘un voyage d’un million de km commence avec un pas’. Et l’auteur de s’insurger car le président étant un ancien enseignant, il ne peut se permettre de modifier ou de se tromper en citant le proverbe qui serait originellement ‘un voyage d’un millier de km commence avec un pas’. Je ne débattrai pas sur le pourquoi de l’erreur, voulue ou non par le président, mais je déplorerai que le tiers de l’article est occupé par cette erreur alors que le titre de l’article annonçait : les changements apportés par le président vs les changements apportés par Obama. Et voilà, les analyses politiques se résument à des titillements sur des bouts de phrases récoltées au hasard et non sur des faits précis et prouvés. En même temps, le manque d’informations sur les réformes en cours et le bilan politique actuel ne facilite pas la tâche pour se lancer dans des analyses comparatives profondes et pertinentes. Et il n’y a pas seulement les ghanéens pour se chamailler, en France les journalistes et autres parlementaires ne se gênent pas pour commenter chaque mot ou chaque expression de travers dite par le parti opposé.